Mercredi 23 janvier 2008
Petite lecture pour des vacances...
Rue des Archives
(1994)Un demi-siècle après “Tanguy”, Del Castillo, adulte, écrivain fêté, mais déstabilisé par son enfance qu’on lui a volée, apprend la mort de sa mère, poursuit la vérité, ses vérités à elle, s'invente un complice et confident, un enfant, Xavier, qui va l'aider à comprendre. Mais peut-on aller au bout de l'indicible? Rue des Archives nous faisait assister à la fin de sa mère, ogresse octogénaire, obèse et invalide, que n'effleurait nul remords et qui ne régnait plus que sur un grouillement de vermine.
« Depuis des années, j'enterrais ma mère. J'imaginais chaque détail de son agonie. Je tentais d'apprivoiser sa mort comme, dans mon enfance, j'apprivoisais son personnage. En tuant Candida, c'est ma honte que j'aurais voulu supprimer. Non pas la honte de : la honte tout court. J'ai toujours eu la honte comme d'autres ont la gale. Quand la mort a frappé, j'ai aussitôt ressenti cette démangeaison. Rien pourtant ne s'est passé de la manière dont je l'avais prévu. Je m'étais longtemps raconté des histoires pour échapper à la nôtre. Naturellement, la vérité du récit a fini par me rattraper. En me rendant rue des Archives, je savais ce qui m'attendait. Une dernière fois, j'ai convoqué les témoins, interrogé les fantômes, suivi les pistes les plus improbables pour constater que l'énigme subsistait. Entière. Je n'ai pas cédé, en rédigeant ces pages, à un sentiment d'urgence, j'ai seulement désiré mettre un point final au texte qui, depuis ma naissance, s'écrit en moi. »
Commentaire
Cette belle, poignante, sobre et très pure confession-règlement de comptes répond à “Tanguy” qui, d’ailleurs, fut republié en livre de poche en 1996 avec ce commentaire de Del Castillo : « Premier roman de moi publié, ‘’Tanguy’’ fut-il aussi le premier que j'aie conçu comme un texte littéraire? [...] Cette réimpression intervient peu de temps après la parution de ‘’Rue des Archives’’, qui en éclaire, les aspects cachés, ce que de nombreux lecteurs nont pas manqué de relever. Les deux livres se répondent en effet l'un l'autre. [...] De Tanguy à Xavier, il y a plus que l'épaisseur d'une vie, il y a toute l'amertume d'un désenchantement, qui doit moins à l'âge qu'à la progressive découverte de l'horreur. Si je gardais, à vingt ans, quelques illusions, le sexagénaire qui a écrit ‘’Rue des Archives’’ n'en conserve, lui, plus aucune. En ce sens, la boucle est bien bouclée. L'aveu étouffé de ‘’Tanguy’’ fait la musique désenchantée de ‘’Rue des Archives’’. [...] De l'un à l'autre, un seul lien, la littérature. Elle constitue, on l'a compris, ma seule biographie et mon unique vérité. »
Le livre est donc important pour saisir Del Castillo dont l'oeuvre sombre, foisonnante, passionnante s'éclaire avec cette vérité terrible : s'il est cet écrivain-là, saisissant avec tant de vérité les contours de la tragédie, c'est grâce à cette femme, cette mère-là, avec sa cruauté, son goût de la trahison et de la fiction travestie en mensonge. Or la mort de sa mère a produit cet horrible miracle : le style de Michel del Castillo s'est épuré, comme éclairci, simplifié, allégé, comme si celui dont toute l'œuvre s'explique par l'absence d'une mère, qui fut la grande affaire de sa vie, s'était libéré d'un poids immense.
Le roman est accompagné d’une préface où il commenta et élucida son parcours d’écrivain.
Le roman obtint le prix Maurice Genevoix.
(Source : Le comptoir Littéraire)
par AnarchivistiK Moe
publié dans :
Loisirs et humour d'archivistes
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