C'est l'histoire d'un mec... qui a "plein de vieux trucs"...

Publié le par Anarchivistiquement vôtre

 

Petit article pour répondre à l'article d'une collègue archiviste, qui se trouve à des centaines (presque 1000 même, je suis sûre) de kilomètres de moi et qui, elle, bosse dans le public. Cela dit, ça fait plaisir de voir que finalement, on a tous des anecdotes comme ça. [Article de cyber@rchiviste].

 

collectionneur bebe 02 c

 

Dans mon domaine, au delà de rencontrer des gens qui ont voulu "sauver" des archives, c'est surtout des collectionneurs qui viennent à ma rencontre ! Sans doute, l'avantage de travailler pour une marque d'un produit de grande consommation (alcool) ! Les produits de grande consommation (et l'alcool) rassemblent un grand nombre de collectionneurs, qui s'arrachent nombre d'objets publicitaires, de publicités de magazine, d'archives, d'étiquettes de bouteilles, etc...

Dans le cadre de ma mission de valorisation des archives, le contact avec les collectionneurs est pour moi important car dans mon fonds d'archives, j'ai malheureusement beaucoup de lacunes et Ebay et Delcampe sont vite devenus favoris dans mon Internet Explorer !

Beaucoup de collectionneurs me contactent aussi...

 

Mon anecdote la plus marquante :

Un homme, une soixantaine d'années, venu sur mon lieu de travail :  

" - Bonjour Madame, [j'ai déjà tant l'air d'une madame ?!] j'ai en ma possession un dossier d'une cinquantaine de correspondance diverse de votre entreprise datant des années 1860. C'est des lettres qu'on envoyait à votre entreprise pour diverses raisons. Et bon, je viens aujourd'hui vous les proposer à la vente, car, étant collectionneur de timbres, j'ai acheté cette correspondance dans une brocante, puis, j'ai pris tous les timbres que je voulais mais maintenant elles ne m'apportent que peu d'intérêt. Ne voulant pas les jeter comme ça, parce que bon, c'est quand même des papiers qui ont de la valeur [de par leur ancienneté !] , je me suis dit que je pourrais vous les vendre.

- Beh, ça dépend, vous estimez ces correspondances à combien ?

- Et vous en prendriez combien ?

- Ecoutez, monsieur, je ne veux pas m'avancer sur le prix de ces correspondances. Mais j'imagine que si vous venez là, c'est que vous avez déjà une idée du prix que vous en voulez... [Gneuhh, il va me répondre ! ...] 

- Et bien, comme je n'habite pas loin de Paris, je suis allé à l'hôtel Drouot faire estimer ces correspondances. Et bon, un commissaire priseur m'a dit que je pouvais en demander 400€/500€, dans la mesure où ce sont des documents uniques [évidemment, c'est de la correspondance]... Donc si vous n'en voulez pas ce prix là, je pense que j'essaierai de trouver un acheteur qui reconnaîtra l'importance de tels documents. [Il se fout de moi, je crois !!!]

- OK, monsieur, je vais donc décliner votre offre pour la simple et bonne raison que sur les 300 ml d'archives dont je dispose, ce genre de correspondances diverses (commandes, factures, candidatures pour devenir agents sans réponses, demandes de dons, et autres...) représente environ les 60% de mon fonds d'archives. Autant vous dire qu'une cinquantaine de lettres en plus ne nous apporteront pas grand chose dans l'interprétation de l'histoire de l'entreprise et de la marque. Evidemment, pour nous, ce serait bien de les avoir, mais 500€ ?! Mon budget ne me permet de dépenser 500€ ! Je suis vraiment désolée. Et ce n'est pas une question de ne pas reconnaître la valeur de ces documents, c'est une question que votre demande me paraît un peu démesurée. Je vais toutefois en parler à mes responsables pour savoir ce qu'ils en pensent. S'ils sont intéressés, je reviendrai vers vous et vous les achèterai. Mais n'espérez pas grand chose." 

 

Ensuite, je ne vous parle pas d'une dame qui veut me vendre des étiquettes de bouteilles à 15-20€ alors qu'elles ont été tirées à des milliers d'exemplaires, de certains qui osent vendre des objets pub à des prix exorbitants par rapport à ce qu'ils valent vraiment, si on peut vraiment les estimer [parfois, il m'arrive de voir sur Ebay 2 pichets identiques : l'un à 12€, l'autre à 30€ !], certains veulent procéder à des échanges : de la correspondance commerciale contre des enveloppes vides (ces gens sont intéressés par l'histoire philatélique : timbres + oblitérations), mais bon, je n'ai personnellement pas le temps de fouiller dans mes archives pour savoir ce qui l'intéresse ou pas et je n'ai pas tellement envie qu'un collectionneur fouille mon fonds d'archives : on sait jamais ce qui peut arriver !.

Finalement, je trouve les étrangers plus honnêtes. C'est ainsi que j'ai acheté à des américains, à des anglais et à des allemands, des verres, des cendriers à des prix dérisoires, finalement par rapport à ce qu'en aurait voulu un français... Il y a même un américain qui m'a offert lors de mon achat, des pubs de magazines qui auraient pu m'intéresser : Evidemment, ça ne vaut rien mais un français vend des pubs de magazines anciens à 5-10€ suivant l'ancienneté... 

 

Ma prochaine mission en contact avec un collectionneur : 

- Visiter le sous-sol d'un monsieur, ancien employé, environ 80ans, qui, lui, a "sauvé" objets pubs, pubs, archives, lors d'un déménagement de l'entreprise et voir ce qui m'intéresse vraiment.

Le problème, c'est que lui ne veut rien vendre, il veut faire étalage seulement de ce qu'il a pu garder...

Je vais donc essayer de voir si ce monsieur veut nous les léguer à son décès... Hum... Très délicat à mettre sur le tapis comme conversation ! :-D

 

Le collectionneur : une race à part. Il collectionne pour le plaisir, donne une valeur affective à des objets ou documents, essaie d'en donner une valeur pécuniaire, alors que ces documents et objets sont finalement difficilement estimables, tout dépend de l'intérêt qu'on leur porte. Cependant, les objets et documents de collections constituent un véritable marché parallèle, où tout s'achète et tout se vend. Sur Ebay ou Delcampe, les collectionneurs peuvent devenir de véritables commerçants quand on fait attention aux quantités d'objets qu'ils peuvent vendre parfois et ce, sans faire payer de TVA, sans payer les taxes que l'Etat demande aux commerçants... J'ai dû mal à comprendre ce milieu où tout commence par la passion, le loisir et où tout se monnaye, ensuite !

 

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Cyber@rchiviste 15/08/2010 20:56


Merci pour ce clin d'oeil très intéressant et le renvoi à mon article !
Je vois en effet qu'entre le public et le privé, finalement, les interlocuteurs diffèrent peu, de même que les attitudes et le manque de lucidité quant à la valeur réelle d'un objet.
Archives/objets/objets d'arts/ ... ces matériaux sont à traiter de la même façon, même si la notion d'archive publique peut modifier la donne chez les archivistes du secteur public qui ont la loi
pour eux !
Bonne continuation blogeste et archivistique !
Cyber@rchiviste.